
Écrans et enfants : faut-il interdire le smartphone quand l'école impose Pronote ?
Photo d'illustration
Paris. Interdire le smartphone à la maison… tout en exigeant qu'il serve à consulter les devoirs sur Pronote. La contradiction est devenue quotidienne pour de nombreuses familles. Invitées de l'émission Grand bien vous fasse ! sur France Inter, la pédiatre Sylvie Dieu-Osika, membre fondatrice du CoSE, et la neuropsychologue Sylvie Chokron ont pointé une incohérence majeure : l'école encourage l'usage d'outils numériques sans toujours accompagner les familles dans leur encadrement.
Un paradoxe au collège : Pronote sans smartphone ?
« Si on interdit le smartphone, ma petite-fille ne peut pas faire ses devoirs », témoigne un auditeur à l'antenne. L'application Pronote – ou École Directe – est devenue incontournable dans de nombreux établissements.
Pourtant, selon Sylvie Dieu-Osika, la solution ne passe pas par l'équipement individuel.
« L'accès peut se faire sur un ordinateur familial. Le smartphone personnel n'est pas indispensable. »
Certains collèges auraient même décidé d'abandonner ces plateformes, estimant qu'elles renforcent la dépendance numérique précoce.
Surexposition aux écrans : des risques documentés
Le collectif CoSE alerte depuis plusieurs années sur la surexposition aux écrans chez les enfants. Les risques identifiés incluent :
- Troubles de l'attention
- Retards de langage
- Perturbations du sommeil
- Difficultés relationnelles
- Régulation émotionnelle affaiblie
Un concept revient régulièrement : la technoférence, c'est-à-dire l'interférence des écrans dans la relation parent-enfant.
Même chez des parents en difficulté sociale ou linguistique, l'interaction humaine reste plus efficace pour le développement cognitif qu'un écran.
Éducation numérique : un apprentissage dès la maternelle ?
Pour les spécialistes, le problème n'est pas uniquement l'usage des écrans, mais l'absence d'une véritable éducation au numérique dès le plus jeune âge.
Sylvie Dieu-Osika plaide pour :
- Une information claire et indépendante auprès des parents
- Une formation aux usages raisonnés
- Un cadre structurant dès l'école primaire
« Comme pour l'alimentation ou le sommeil, cela commence très tôt »
Le programme des 1000 jours : prévenir dès la petite enfance
Sylvie Chokron évoque le programme des 1000 jours, dispositif français d'accompagnement parental de 0 à 3 ans.
Objectif : sensibiliser aux effets du mésusage des écrans sur un cerveau en plein développement.
Entre 0 et 3 ans, la stimulation essentielle est :
- Sensorielle
- Relationnelle
- Langagière
- Interactive
Un écran, même éducatif, ne remplace pas une interaction humaine directe.
Smartphone au collège : encadrer plutôt qu'interdire ?
Les expertes ne prônent pas une interdiction radicale, mais un cadre clair :
- Accès via ordinateur familial
- Pas de smartphone personnel précoce
- Pas d'écran dans la chambre
- Usage limité dans le temps
- Pas d'usage nocturne
Le véritable enjeu n'est pas Pronote en soi, mais l'exposition aux réseaux sociaux, au scroll infini et aux mécanismes addictifs intégrés aux plateformes.
L'école face à ses contradictions
La question soulevée est plus large :
Peut-on imposer le numérique scolaire sans former réellement aux usages ?
Peut-on exiger des outils digitaux tout en demandant aux parents de limiter les écrans ?
Pour les spécialistes, la cohérence institutionnelle devient urgente.
Une responsabilité collective
L'émission met en lumière un constat partagé :
- Les parents ne doivent pas culpabiliser
- Mais ils doivent structurer le cadre
- L'école doit clarifier ses pratiques
- Les pouvoirs publics doivent renforcer l'éducation numérique
L'enjeu dépasse la question du smartphone : il touche au développement cognitif, émotionnel et relationnel des enfants.